Mai 68 et la chanson..

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Conférence chantée / Archives Départementales du Conseil Général 13 / lundi 27 oct. 2008

Conférencière: Martine Storti (écrivain, journaliste) avec  Claude Barthélemy (guitare) et Olivier Hussenet (chant)

Les airs du temps de Mai

  • 1 Introduction

Dans le temps qui m’est donné, mon propos ne pourra évidemment pas être exhaustif. Ainsi je précise d’emblée que je m’en tiendrai à la chanson française, et même de manière limitée, et je ne traiterai pas du rôle important des musiques et chansons anglo-saxonnes, qui ont apporté une souffle nouveau.

Mon propos sera aussi subjectif, fait de choix, de préférences, de regards singuliers sur les chansons et sur mai 68.

Parler de mai 68 et de la chanson ne peut pas se faire sans dire sous quel angle on prend cet objet finalement non identifiable qu’est mai 68. Non indentifiable parce qu’en effet, dès le début de mai 68 et après, et encore maintenant des décennies plus tard, les interprétations de ce qui se nommait « les événements » (« les événements », soit une dénomination vague) ont été et restent multiples. De ce qui court du 3 mai, date de la première manifestation au quartier latin, jusqu’au 30 juin, date du second tour des élections législatives, on a tout dit : « un grand monôme », « une farce de fils à papa », « une crise adolescente », « la dernière grève du 19eme siècle », « une révolution avortée » ou « trahie », « la porte d’entrée du libéralisme »,  » l’arrivée de la jeunesse comme classe », ou comme « agent de consommation », « l’entrée de la France dans la modernité », « la mise en cause des mœurs bourgeoises », tant d’autres choses encore.
Peut-être Mai 68 est-il tout cela à la fois, un objet paradoxal, à la fois fin et commencement, destruction et construction…

Pour ma part je vais ce soir retenir deux approches :

- Mai comme mouvement politique, social, sous l’angle manifestations, grève générale, occupations d’usine, « pouvoir de la classe ouvrière », « jonctions étudiants-travailleurs », comme l’on disait à l’époque

- Mai comme mouvement sociétal, mise en cause des institutions et des structures en place, premier acte d’un bouleversement des mœurs qui se déploiera au long de la décennie 70.

  • 2) Mai comme mouvement révolutionnaire, pris dans un modèle hérité du 19 ème siècle en même temps qu’il l’achève (au sens qu’il le fait disparaître, qu’il en signe la mort, du moins sur la scène occidentale)

Mai est en effet ancré dans le passé, dans une tradition, celle du mouvement ouvrier et du mouvement communiste, qui ne s’identifie ni aux seuls partis communistes, « staliniens » disent certains, ni à l’URSS et ses satellites, ni même à la Chine de Mao-Tsé Toung.

C’est dans le cadre de cette tradition qu’il faut placer la remise au goût du jour des chants révolutionnaires, quelques années avant Mai 68. En effet ceux qu’on n’appelait pas encore « les gauchistes » (qualificatif d’ailleurs méprisant lancé par le PCF en référence à l’ouvrage de Lénine  » Le gauchisme, maladie infantile du communisme ») ne sont pas nés en 68. Si leur visibilité s’est accrue à ce moment-là (et après), ils existaient avant, en particulier dans les facultés, mélange de trotskistes de diverses obédiences, d’anarchistes, de maoïstes, de situationnistes etc.

Lors des traditionnelles manifestations, par exemple celle du 1er mai, alors que les syndicats et les « forces de gauche » s’en tenaient quasi exclusivement à l’Internationale, ces « gauchistes », toujours en queue de « manif’ », drapeaux rouges et drapeaux noirs flottant au vent, chantaient d’autres « chants révolutionnaires »  d’origines diverses.

Le temps manque pour raconter l’histoire de ces chants et chansons, certains liés à la Commune de Paris, par exemple « La commune n’est pas morte », d’Eugène Pottier :

Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

ou La semaine sanglante, de Jean Baptiste Clément :

Oui mais !

Ça branle dans le manche,

Les mauvais jours finiront.

Et gare ! à la revanche

Quand tous les pauvres s’y mettront.

Quand tous les pauvres s’y mettront.

ou encore le « Drapeau rouge » que l’on doit au médecin français Paul Brousse.

D’autres venant de la Résistance italienne au fascisme, tel « Bella Ciao », dont l’origine est même antérieure puisque l’air est repris d’une chanson chantée par les femmes récoltant le riz dans les plaines du Pô, et qui se plaignaient des moustiques, des insectes infestant la région, mais aussi de manière symbolique des contremaîtres et exploitants. Reprise par la Résistance italienne pendant la Seconde Guerre mondiale, elle devient, dans sa nouvelle version, un hymne du mouvement ouvrier :

Questa mattina mi son svegliata

O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao

Questa mattina mi son svegliata

Eo ho trovato l’invasor

Ou de la révolution russe, par exemple « La Varsovienne », chant polonais écrit en 1893 sous l’occupation russe, par Waclaw Swiecicki (1848-1900), alors qu’il était emprisonné à la citadelle de Varsovie pour avoir participé à des manifestations socialistes et organisé un « centre révolutionnaire ».

Adapté en 1897 par le poète russe Krijanovski, il devint le chant de protestation des internés sous le régime tsariste. Il a connu une réelle popularité dans les années 1905-1917 en Russie.

En rangs serrés, l’ennemi nous attaque

Autour de notre drapeau, groupons-nous,

Que nous importe la mort menaçante,
Pour notre cause, soyons prêts à souffrir ;
Car le genre humain courbé sous la honte
Ne doit avoir qu’un seul étendard,
Un seul mot d’ordre : travail et justice,
Fraternité de tous les ouvriers.

Refrain
O frères, aux armes, pour notre lutte,
Pour la victoire de tous les travailleurs,
O frères, aux armes, pour notre lutte,
Pour la victoire de tous les travailleurs

Lors des défilés du 1er mai qui se terminaient immanquablement devant une tribune où se tenaient dirigeants de la CGT et du parti communiste français, les paroles de l’un des couplets « contre les richards et les ploutocrates » devenaient, poings levés en direction de la tribune : « contre les richards et les bureaucrates »…

(A noter que le même air est repris, sous le titre A las barricadas, comme chant du syndicat anarchiste CNT pendant la guerre d’Espagne. Et aussi comme hymne du 1er régiment de hussards parachutistes français, « Le chant de Bercheny »!)

Il faudrait en citer d’autres, « Le chant des martyrs » (marche funèbre révolutionnaire russe, écrite à la mémoire des révolutionnaires tombés en 1905. On dit qu’elle a été chantée le soir même de la prise du pouvoir en octobre 1917, par le Congrès des Soviets, après l’Internationale), « Le chant des survivants » (chant dédié à la mémoire de l’étudiant révolutionnaire Tchernichev, mort en prison sous la torture.

Usé et tombé à la tâche,
Vaincu, tu terrasses la mort.
Lié et tué par des lâches,
Victoire, c’est toi le plus fort, plus fort,
Victoire, c’est toi le plus fort.

Ces deux chants ont été entonnés lors de l’enterrement du jeune Gilles Tautin, le 15 juin 1968, au cimetière des Batignolles, qui s’était noyé dans la Seine en tentant d’échapper à la police lors des actions menées à Flins.

Nous terminerons ce point en écoutant Olivier Hussenet chanter « La jeune garde » (paroles de Montéhus et musique de Saint Gilles), chant qui fut composé en 1920, juste avant le congrès de Tours qui verra la création du parti communiste français. Avant la seconde guerre mondiale il était un chant aussi bien des jeunesses communistes que socialistes. La version originale de Montéhus « Nous sommes la jeune France » est devenue « Nous sommes la jeune garde ».

Prenez garde ! Prenez garde !

Vous les sabreurs, les bourgeois, les gavés, et les curés

V’là la jeune garde ! V’là la jeune garde,

Qui descend sur le pavé.

C’est la lutte finale qui commence,

C’est la revanch’ de tous les meurt de faim

C’est la révolution qui s’avance,

Et qui sera victorieuse demain.

Prenez garde ! Prenez garde ! A la jeune garde !

3) Certains de ces chants seront repris par les artistes qui viennent soutenir les ouvriers en grève en participant à des spectacles devant ou dans les usines occupées.

Il faut souligner ce soutien apporté par des chanteurs « engagés », liés soit au parti communiste, soit aux mouvements gauchistes et qui renouent avec une tradition du Front populaire. On n’entendra pas, dans les concerts de soutien, les yéyés à la mode, mais des artistes qui sont encore là aujourd’hui ou qui ont disparu, Jean Ferrat, Mouloudji, Catherine Ribeiro, Francesca Solleville, Léni Escudero, Francis Lemarque, Marc Ogeret, Pia Colombo, Isabelle Aubret, Nicoletta, Maxime et Catherine Leforestier…

Ils et elles chantent leurs succès du moment ou reprennent ces chants qualifiés de « révolutionnaires »

Et comme il y a du hasard ou pas de hasard du tout, je ne sais, remarquons que Stefan Priacel, l’auteur des paroles françaises de « La Varsovienne » est le fils de la cantatrice Marya Freund avec laquelle Francesca Solleville a appris le chant lyrique et à laquelle elle a dédié une chanson « Madame Marya Freund ».

  • 4) A côté de cet aspect remise au goût du jour d’une tradition, il faut évoquer le détournement des chansons, soit d’anciennes, soit de chansons à la mode du moment.

Ainsi l’on aura des paroles nouvelles sur l’air de « La place Maubert », d’Aristide Bruant, ou bien sur l’air de « La prière » de Georges Brassens, ou bien sur l’air d’un succès important de l’heure, « Il est cinq heures, Paris s’éveille », chanté par Jacques Dutronc et qui devient , sous la plume de Jacques le Glou :

Les 403 sont renversées,

La grève sauvage est générale

Les ports finissent de brûler,

Les enragés ouvrent le bal

Il est 5 h, Paris s’éveille, Paris s’éveille

Les blousons noirs sont à l’affut

Lance-pierres contre lacrymogènes

Les flics tombent morts aux coins des rues

Nos petites filles deviennent des reines

Il est 5 h, Paris s’éveille, Paris s’éveille

La tour Eiffel a chaud aux pieds,

L’arc de triomphe est renversé

La place Vendôme n’est que fumée,

Le Panthéon s’est dissipé  …

  • 5) Pendant le déroulement même des semaines de mai et juin, les créations qui leur sont liées ne sont évidemment pas très importantes. Mais dans les mois qui viennent, dès la fin de l’année 68 et surtout en 1969, Mai 68 inspirera quelques auteurs compositeurs interprètes.

* Sur le mode de l’humour, voire de la dérision, avec les deux titres d’Evariste (docteur en physique et de son vrai nom Joël Sternheimer), dans une pochette illustrée par Wolinski et sur laquelle on peut lire : « ce disque est un pavé lancé dans la société de consommation, réalisé avec le concours des mouvements et groupuscules ayant participé à la révolution culturelle de mai 68. Il est mis en vente au prix de 3 francs afin de montrer à quel point les capitalistes se sucrent sur les disques commerciaux habituels. » Dans les mois et les années qui suivent seront en effet mis en cause les circuits commerciaux de production et de distribution dans de nombreux domaines (presse, chansons, cinéma etc.) avec de nombreuses tentatives pour travailler, produire, vendre autrement.

Deux titres donc:

« La faute à Nanterre » (Je suis tombé par terre, c’est la faute à Nanterre, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Grimaud)

« La Révolution » :

Le père Legrand dit à son p’tit gars

- Mais enfin bon sang qu’est-ce qu’y a

Qu’est-ce que tu vas faire dans la rue fiston?

- J’vais aller faire la révolution

- Mais sapristi bon sang d’bon sang J’te donne pourtant ben assez d’argent

- Contre la société d’consommation

J’veux aller faire la révolution

La Révolution ! La Révolution !

A côté de cet humour et de cette dérision, on trouve une réaction beaucoup plus sérieuse et militante, avec le 45 tours de Dominique Grange (paroles et musique), 4 titres « La pègre », « Grève illimitée », « A bas l’état policier » et « Chacun de vous est concerné »

Même si le mois de mai

Ne vous a guère touché

Même s’il n’y a pas eu

De manif dans votre rue

Même si votre voiture

N’a pas été incendiée

Même si vous vous en foutez

Chacun de vous est concerné

Même si vous avez feint

De croire qu’il ne se passait rien

Quand dans le pays entier

Les usines s’arrêtaient

Même si vous n’avez rien fait

Pour aider ceux qui luttaient

Même si vous vous en foutez

Chacun de vous est concerné…

Le disque est aussi au prix de 3 francs avec une pochette qui au recto reprend le style des affiches en sérigraphie des Beaux arts et au verso le slogan de mai 68 : « ce n’est qu’un début, continuons le combat ».

  • 6) Ces chansons, il faut bien le reconnaître, comptent davantage pour leur aspect historique que pour leur qualité artistique. Mais des compositeurs et interprètes confirmés puisent aussi dans Mai leur inspiration.

Soit qu’ils y sont hostiles, par exemple, Philippe Clay, avec « Mes universités » qui oppose la « comédie de mai » à la tragédie de la guerre et de la Résistance

…Mes universités

C’était pas la peine d’être bachelier

Pour pouvoir y entrer

Mes universités

T’avais pas d’diplômes

Mais t’étais un homme

Quand tu en sortais

Nous quand on contestait

C’était contre les casqués

Qui défilaient sur nos Champs-Elysées

Quand on écoutait Londres

Dans nos planques sur les ondes

C’était pas les Beatles qui nous parlaient

Soit qu’ils y sont favorables, mais de manière différente.

Ainsi Jean Ferrat, dans sa belle chanson « Ma France », inscrit Mai dans la vaste histoire de la lutte des opprimés, celle des « enfants de 5 ans travaillant dans les mines »,  » du journal que l’on vend le matin d’un dimanche », celle de « 36 à 68 chandelles », une histoire française, une histoire de France, une vision trop française, justement, aux yeux de certains « gauchistes », trop nationale, voire trop franchouillarde.

Colette Magny, morte en 1997, trop oubliée aujourd’hui, inscrit Mai dans l’histoire du mouvement ouvrier (en couverture un « calendrier des équipes 4-8, horaires de toutes les usines du monde qui travaillent en feu continu »), dans la lutte contre l’oppression, classe contre classe, avec son 33 tours, Magny 68, qui est défini comme « un essai » et qui mêle chansons, textes dits, bribes d’entretiens faits en mai et surtout en juin 68, à la porte des usines quand certains(e)s renâclent à reprendre le travail après les « accords de Grenelle », documents sonores de William Klein et Chris Marker. Mais cette histoire n’est pas que française, elle est internationale, elle est aussi celle « des brasiers qui s’allument », ailleurs, partout…

D’autres sont sensibles, bien sûr, à cet aspect de Mai, mais ils essaient, s’efforcent de dire aussi autre chose, dire avec des mots et de la musique, ce que mai 68 avait d’inédit, d’inouï, d’innommable, d’imprévisible, d’irréductible…

Citons dans ce registre, notamment Jean-Roger Caussimon, « Les copains de mai », Claude Nougaro, avec « Paris Mai » (Nougaro interdit d’antenne pour cette chanson, comme Dominique Grange d’ailleurs)

…Mai mai mai Paris mai

Mai mai mai Paris

Le casque des pavés ne bouge plus d’un cil

La Seine de nouveau ruisselle d’eau bénite

Le vent a dispersé les cendres de Bendit

Et chacun est rentré chez son automobile

J’ai retrouvé mon pas sur le glabre bitume

Mon pas d’oiseau-forçat, enchaîné à sa plume

Et piochant l’évasion d’un rossignol titan

Capable d’assurer le Sacre du Printemps

Ces temps-ci je l’avoue j’ai la gorge un peu âcre

Le Sacre du Printemps sonne comme un massacre…

Léo Ferré (rappelons que le 10 mai, lors de « la nuit des barricades », Ferré chantait pour la première fois à la Mutualité, au quartier latin, sa chanson « Les anarchistes ») qui dira

*son désamour de Paris (« Paris je ne t’aime plus »), ou plutôt opposant un Paris de « Français à genoux » et un « Paris qui s’est levé avec l’intelligence »,

*sa colère devant le vote des Français aux élections législatives, avec « Ils ont voté »

…C’est un pays qui me débèqu’te

Pas moyen de se faire anglais

Ou suisse ou con ou bien insecte

Partout ils sont confédérés…

Faut les voir à la télé-urne

Ces vespasiens de l’isoloir

Et leur bulletin dans les burnes

Et le mépris dans un placard

Ils ont voté… et puis, après?…

*Sa joie à évoquer Mai : « Comme une fille »

…Comme une fille

La rue se déshabille

Les pavés s’entassent

Et les flics qui passent

Les prennent sur la gueule

Paris Marseille

Les rues sont pareilles

Quand le sang y coule

La mort y roucoule

Une rose dans la gueule…

*Et déjà son espoir et / ou sa nostalgie : « L’été 68″

…Comme les enfants du mois de mai
Qui reviendront cet automne
Après l’été de mil sept cent quatre-vingt-neuf
Ça ira ça ira ça ira…

En effet, très vite, il y a dans les têtes, les cœurs, une nostalgie de ces journées, comme si beaucoup avaient conscience qu’ils avaient vécu là quelques moments dont ils ne perdront jamais la mémoire et qui rendront légèrement fade la suite…

A mon avis, la chanson essaie en même temps qu’elle peine, à dire l’inédit et l’irréductible de Mai, l’entreprise étant par nature difficile et presque impossible.

  • 7) Si l’on rabat Mai 68 sur la mise en cause des mœurs « bourgeoises », la conquête de libertés nouvelles, en particulier dans le domaine des rapports avec les parents, la famille, des relations entre les sexes et même des identités sexuelles (le mot « genre » n’est pas encore de mise!), bref la libération des mœurs qui se déploiera au long des années 70, la chanson parvient plus facilement à accompagner ce mouvement et même à le devancer.

Il convient, de ce point de vue, de citer Antoine et ses « élucubrations » :

…J’ai reçu une lettre de la Présidence

Me demandant, Antoine, vous avez du bon sens,

Comment faire pour enrichir le pays ?

Mettez la pilule en vente dans les Monoprix.

Michel Polnareff, qui s’était fait connaître la même année, en 1966, avec « L’amour avec toi », au succès assuré aussi parce que l’archevêché de Paris avait obtenu l’interdiction (provisoire) du titre à la radio :

…Il est des mots qu’on peut penser

Mais à pas dire en société.

Moi je me fous de la société

Et de sa prétendue moralité

Refrain}

J’aim’rais simplement faire l’amour avec toi

J’aim’rais simplement faire l’amour avec toi

Oh oh oh… Oh oh oh…

Oh oh oh… Oh oh oh…

Oh oh oh… Oh oh oh…

En 1968, Serge Gainsbourg prédira une année 69 « érotique »

…Gainsbourg et son Gainsborough

Vont rejoindre Paris

Ils ont laissé derrière eux

La Tamise et Chelsea

Ils s’aiment et la traversée

Durera toute une année

Et que les dieux les bénissent

Jusqu’en soixante-dix

Soixante-neuf année érotique

Soixante-neuf année érotique…

Dans cette thématique des mœurs, la récupération sera ensuite rapide, le recyclage dans les top, les hit de la machinerie commerciale se mettra en marche parce qu’au fond, si les mœurs sont bouleversés, si la société va se mettre en effet à changer avec des effets sans nul doute positifs pour les hommes, les femmes, les hétéros et les homos, cette libération-là ne remettra pas en cause l’ordre de l’échange marchand, induisant même, sans l’avoir voulu, une marchandisation des corps telle qu’on ne l’avait jamais connue auparavant. Mais c’est un autre sujet…

  • 8) Je ne veux pas terminer sans dire quelques mots de certains des succès de l’année 1968

Ce fut en effet l’année du premier 45 tours de Julien Clerc, quatre titres, avec des paroles d’Etienne Roda-Gil, l’année aussi d’un étrange duo pour une étrange chanson.

Etrange duo en effet que celui constitué de Jacques Higelin et Brigitte Fontaine dans cette chanson qui reste pour moi indissolublement liée à mai 68 : il y avait les manifs, les assemblées générales, les grèves et puis le soir, la nuit, au hasard d’une radio, dans une voiture ou dans une maison, ces deux voix, un homme et une femme, lui questionnant, « où l’as-tu mis cet enfant que je t’avais fait? », et elle, pas là, ailleurs, mais où exactement, impossible de le savoir, qui répondait, ou plutôt non, qui ne répondait pas, qui continuait son chemin ou son propos « offrez-moi une cigarette, j’aime la forme de vos mains, que disiez-vous… »

Audio

Mai 68 et la chanson, par Martine Storti (écrivain, journaliste) et Claude barthélemy (guitariste)