(Marie-Louise Damien) (1892–1978) - Interprète
Née en Lorraine, fille d'un sergent de police, Damia fugue à 15 ans. A 17 ans, elle est à Londres avec Max Dearly pour danser la valse chaloupée, un genre inauguré par Mistinguett, qui mime les rapports violents d'une prostituée et de son souteneur. A Paris, elle fait de la figuration au théâtre. Elle débute sa carrière de chanteuse à la Pépinière en 1911, se lie avec Fréhel, se produit au Petit Casino, au Concert Mayol, et chante pour les soldats pendant la Première Guerre Mondiale. Une tournée avec la chorégraphe américaine Loïe Fuller l'initie à l'utilisation des projecteurs : elle sera la première interprète à utiliser la lumière comme élément de mise en scène. En 1921, elle personnifie "La Marseillaise" dans le film muet d'Abel Gance, "Napoléon". Elle se produit Chez Fisher, à l'Apollo, à l'Olympia, au Moulin Rouge en 1929 et 1933, à l'ABC en 1934 (avec Georgius) et participe à des revues. En 1929, elle reprend une chanson écrite par Lucien Boyer en 1905 et passée inaperçue : "Les Goélands". Ce sera un grand succès, et ce titre deviendra jusqu'à la fin de sa carrière sa chanson phare ("Jai goélé toute ma vie", dira-t-elle). Pendant l'Occupation, au Théâtre de l'Etoile ou au Casino-Montparnasse, elle délaisse son costume de scène habituel (fourreau noir et bras nus) pour une robe blanche à manche longue. Ses récitals d'Après-Guerre sont le plus souvent constitués d'anciennes chansons. Elle passe au Théâtre de l'Etoile en 1949, aux Bouffes du Nord en 1951, et, après une tournée au Japon en 1953, à l'Olympia en 1954. Elle quitte définitivement la scène peu après. Elle reçoit le Grand Prix du Disque de l'Académie Charles Cros en 1964. Sa voix forte et profonde, qui mêle sensualité et accent des faubourgs, et son art maîtrisé de la diction ont subjugué son public. Jusqu'à la fin de sa carrière, tout comme Mistinguett, elle n'a jamais utilisé de micro. Mais surtout, aucune interprète avant elle n'a à ce point élaboré la mise en scène de ses chansons, dans l'expression, dans la gestuelle, dans les lumières. A tel point qu'elle choisissait ses titres d'abord en fonction de leur dramaturgie sur scène et qu'elle a été surnommée la "tragédienne de la chanson". Elle reste l'incarnation même de la chanson réaliste. Elle a chanté quelques chansons légères ("La Guinguette a fermé ses volets"), voire comique ("Le Grand frisé") ; mais le désespoir et la misère constituent l'essentiel de son répertoire : "Les Goélands", "La Mauvaise prière", "La Tête d'un homme", ou "Tu m'oublieras" (interprété dans un film du même nom en 1931). Pendant la guerre, les autorités lui demandent de retirer "Malédiction" de son tour de chant, pour ne pas démoraliser les soldats. De même, la version anglaise du morbide "Sombre dimanche", interprétée par Artie Shaw, fut refusée par les radios pour incitation au suicide. Serge Gainsbourg reprendra cette chanson sous le titre "Gloomy Sunday", sur son album "You're under arrest", en 1987.
Ecoutez l'extrait :
Damia - " Sombre
dimanche "
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