"Ferme tes jolis yeux" n'est pas un nouveau "P'tit Quinquin". Certes il s'agit bien d'une berceuse de la meilleure facture mais le propos, ici, se veut généralisateur. Plus de patois. Plus de berceau omniprésent. A peine aperçu, celui-ci se trouve escamoté au profit d'une chambre de jeune fille puis d'une nuit nuptiale. Le bébé d'hier a fait place à une femme. Mélodiste, René de Buxeuil écrit également les paroles de certaines de ses chansons. Pour "Ferme tes jolis yeux", il s'associe à Virgile Thomas. Les deux compères, à la veille de la Première Guerre mondiale, confortent le rôle tutélaire de la gent masculine. La femme, cantonnée à un rôle subalterne est invitée à se soustraire des réalités de la vie. "Laisse tes folles idées, le bonheur est un songe". L'impératif économique mettra sous peu les pendules à l'heure de l'histoire. En l'absence de leurs compagnons partis s'entretuer, les femmes prendront leurs responsabilités en se chargeant de tâches jusque-là prohibées. Repris après Junka par Berthe Sylva, Fred Gouin et René de Buxeuil lui-même, "Ferme tes jolis yeux" deviendra en tout cas un très gros succès. L'un des titres censés symboliser la Belle Epoque ou plutôt la fin d'une période que le temps a fini par idéaliser.
Ecoutez l'extrait :
Berthe Sylva et Fred Gouin - " Ferme
tes jolis yeux " (1932)
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