Debats, Portraits, Premiere journee

Les femmes dans les chansons anciennes et traditionnelles

Avec : , , , ,

0 commentaire

Portraits de femmes interprètes de chansons traditionnelles, pour qui chanter relève davantage de la sphère privée que du spectacle.

Serge Hureau : Catherine Perrier, vous allez lancer cette table ronde. Ici, on est dans l’interprétation, dans la variation et les variétés de points de vue ; il n’y a pas une seule approche de la chanson, tout comme il n’y a pas une seule façon de chanter.

Catherine Perrier : J’ai choisi d’aborder la personnalité de chanteuses traditionnelles que j’ai pu rencontrer et enregistrer entre 1969 et 2001. Je vais faire écouter leurs voix. Je m’élève contre une vision courante de la chanson traditionnelle comme portée par des voix anonymes ; certes c’est la vérité, beaucoup de recueils publiés par les folkloristes depuis le milieu du XIXe siècle ne signalent pas le nom des personnes qui ont chanté. De même, très peu d’ouvrages (livres ou albums enregistrés) sont consacrés à des individus. Et pourtant c’est terriblement passionnant de cerner une personne, non seulement à travers son répertoire, mais aussi à travers ce qu’on a pu connaître d’elle… Cela va être très rapide et un peu superficiel mais je pense que c’est intéressant de démarrer ce débat à partir de personnes dont on sait le nom, l’âge, la localisation…

Lire la suite


J’ai donc choisi de vous présenter quatre chanteuses, avec des vies assez différentes, mais toutes issues de la tradition orale. Je démarre avec celle qui m’a le plus éblouie, du moins par la quantité de son répertoire (environ deux cent cinquante titres) ; il s’agit de Louise Reichert, une Auvergnate, dont le répertoire est très important et se déroule sur trois types de chansons différentes. J’ai d’ailleurs fait trois articles pour la revue Pastel du Conservatoire occitan qui analysent ces différents types de chansons . Le répertoire de Louise Reichert de chansons traditionnelles en français compte soixante-dix titres, dont dix sont des « brèves », c’est-à-dire des petits bouts de chansons qui servent comme aide mémoire pour la danse, par exemple. Dans les chansons « modernes» (c’est-à-dire datant d’environ 1850 à 1950), il y en a soixante, dont douze sont sur des timbres (c’est-à-dire des parodies, des chansons « sur l’air de… ») et dont deux sont ses compositions à elle (ce qui n’est pas rare chez les chanteurs de tradition orale : on fabrique une chanson pour le mariage de la fille des amis, pour l’anniversaire d’untel ou pour célébrer la vie de quelqu’un qui vient de disparaître… Ce sont, par définition, des compositions éphémères mais qui ont leur importance car relevant d’un phénomène universel). Enfin, troisième catégorie de chansons de Louise Reichert : celles en occitan puisqu’elle était occitanophone de naissance ; là, j’ai cent vingt titres mais 93 sont des formes brèves (pour des bourrées, des scottish, des berceuses…), ce qui ne fait pas tellement de chansons longues en occitan. Louise Reichert est née en 1896, elle est morte en 1985 ; c’était une femme un peu marginale : paysanne, mais paysanne de famille ouvrière, dans un pays où les choix politiques se définissent ainsi : on est cul blanc (de droite) ou cul rouge (de gauche). Sa famille était définitivement cul rouge. Un parcours assez peu commun ; elle a conduit une moto dès 1920, une auto dès 1923, elle a été représentante de toiles, du genre qui met son pied dans la porte quand elle entre dans les fermes… Elle a acquis une partie de son répertoire auprès de son père, qui chantait, mais aussi aux tables d’hôtes des auberges où elle s’arrêtait et où elle avait essentiellement à sa table des hommes. C’est une personnalité très controversée, elle a même fait un peu de prison mais c’était quelqu’un de plus grand que nature… On va écouter un extrait de chanson.

Lo Pinton
Chanté par Louise Reichert, 75 ans, Pons (12)
Collecte Wright-Perrier 08/1971 (WP-BM-20 A-06)
Édition : « Musique Traditionnelle des Pays de France », Anthologie vol. I, 33T Le Chant du Monde, LDX 74516 (1976)

Beugam lo, lo pinton
Totes sèm de la bregada
Beugam lo, lo pinton
Totses lo trobam plan bon

[…]

Chaque couplet mentionne successivement le nom des personnes présentes, ici l’Alphonse, Reichert, La Caçaira (surnom de la chanteuse)

Traduction :

Buvons-la, la chopine
Tous les gens de la bande
Buvons-la, la chopine
Tous la trouvent bien bonne

[…]

C. P. : C’est une chanson énumérative, où à chaque couplet, un des assistants descend à la cave pour remplir la bouteille… On va écouter un extrait d’une autre chanson, qui est sur un registre tout à fait différent puisque c’est une chanson de départ, de séparation, peut-être même de déportation consécutive à la répression qui suivit la Commune de St Étienne en 1871.

Adieu tu pars
Chanté par Louise Reichert, 75 ans, Pons (12)
Collecte Wright-Perrier 08/1971 (WP-BM-20 A-17)
Édition : « Louise Reichert, chanteuse de Haute-Auvergne », 33T Ocora 558520 (1980)

Tu quittes le rivage
Où tu venais souvent
Pour un lointain voyage
Peut’être sans espoir
Le vaisseau se balance
Prêt à fendre les flots
Et le nom de la France
Fait frémir les échos
Refrain : Adieu tu pars adieu, Adieu tu pars adieu

[…]

C. P. : Après Louise Reichert, je vais vous présenter un peu son antithèse. Il s’agit d’une chanteuse berrichonne, née en 1920 et toujours vivante. Elle a au contraire un parcours féminin dans le sens conventionnel… mais pas tant que ça. Cette dame, Andrée Duffault, était tout à fait prête à chanter quand on l’enregistrait dans sa cuisine, mais elle perdait tous ses moyens sur scène. Or, depuis une dizaine d’années, passé 80 ans, on la met sur une scène et elle a une présence très forte… Elle est merveilleuse, c’est stupéfiant ! C’était une cultivatrice, qui a toujours vécu en ferme avec son mari. Elle a eu deux filles, qui lui ont interdit de chanter à leur repas de noces. Cela n’a cependant pas empêché Dédée Duffault de garder ses chansons… Comme répertoire, j’ai à peu près trente-cinq titres. On va l’écouter… Vous avez entendu le côté flamboyant de Louise, là vous allez entendre au contraire la douceur mais la fermeté de Dédée ; écoutez bien l’émission vocale, c’est un bijou.

La Belle au jardin d’amour
C.L. La Belle au jardin d’amour I, G-15
C.D. 1815 La Belle au jardin d’amour
Chanté par Andrée Duffault, 49 ans, Touchay (18)
Collecte Perrier 23/07/1969 (WP-BM-03 A-03)
Édition : « Musique Traditionnelle des Pays de France », Anthologie vol. I, 33T Le Chant du Monde, LDX 74516 (1976)
Édition : « France : une Anthologie des Musiques Traditionnelles », CD Frémeaux FA 5260 vol. 4 (2009)

1
La belle s’en va au jardin des amours c’est pour y passer la semaine
Son père qui la cherche partout et son amant en est en peine

[…]

7
Faut-il être aussi près du rosier sans pouvoir même cueillir la rose
Cueillez cueillez cher amant cueillez c’en est pour vous qu’la rose est belle

C.P. : C’est quelque chose de parfait dans la sérénité et la précision en même temps ; il n’y a aucune mollesse, aucune mièvrerie, dans cette façon de chanter… Elle avait 49 ans quand elle chantait cela ; c’est un enregistrement que j’ai fait en 1969… Elle a donc un parcours sans faute : elle a eu deux filles et elle prenait chez elle des enfants de l’Assistance ; maintenant c’est une femme très pieuse mais absolument pas bégueule ; elle est tout à fait capable de nous chanter une bourrée du style des « Stances à Sophie» : (chante) « Adieu mon bon ami / J’t'emmerde, j’t'emmerde / Adieu mon bon ami / J’t'emmerde aujourd’hui / Et moi qui t’aimais tant / J’t'emmerde, j’t'emmerde / Et moi qui t’aimais tant / J’t'emmerde à présent »… J’en arrive ensuite à Constine Guittonneau ; on est en Vendée maraîchine. Elle est née en 1906 et morte en 1986. Elle n’est pas, comme la Louise par exemple, de ces chanteuses qui aiment à rompre le brouhaha du volume de sa voix ; elle va attendre que tout le monde se taise. C’est une femme presque illettrée, fille de ferme, fille mère à 18 ou 19 ans et servante de ferme toute sa vie, ce qui ne l’a pas empêchée de jouir d’un certain statut parmi la communauté paysanne en Vendée qui était la sienne. Elle chante une chanson qui généralement ravit toutes les filles que je connais ; il s’agit de la chanson des « mineurs du chemin de fer », que je vous résume : une jeune fille qui se promène est enlevée (mais avec son consentement) par trois mineurs du chemin de fer. En fait, il y a plusieurs versions de cette chanson ; quand ce n’est pas les mineurs du chemin de fer, ce sont les rameurs de St Nazaire ou les soudeux d’haricots verts ou les dragons, mais toujours des itinérants. Elle part avec eux et les trois lui frisent les cheveux, lui chauffent sa chemise, lui versent à boire… Et quand ses parents la retrouvent, ils lui disent de revenir à la maison et elle dit « Non, non, je suis bien mieux là avec mes trois mineurs du chemin de fer ».

Les Mineurs du Chemin de fer
C.L. II, M-14 La fille et les trois soldats
C.D. 1215 La fille chez les trois dragons
Chanté par Constance Guittonneau, 75 ans, St Hilaire de Riez (85)
Collecte Perrier-Wright 22/04/1977, WP-BM-34 A-4, INÉDIT

C’était une jeune fille qui allait s’y promener
Tout le long de la rivière
Dans son chemin elle a rascontré*          *rencontré
Trois jeunes garçons mineur(e)s

[…]

C.P. : C’était donc Constance Guittonneau, mais on l’appelle Constine. Dans son répertoire, elle aime beaucoup les chansons malicieuses ; il n’y a pas du tout de chansons tragiques, alors qu’elle a pourtant eu un sort pas tellement facile ; quand elle a eu son petit garçon, Vital Guittonneau, c’était assez mal considéré à l’époque d’être fille mère. Elle n’a pourtant pas intégré dans son répertoire de chanson revendicatrice, c’était tout en douceur. Elle a beaucoup de chansons malicieuses du type fabliaux où les filles roulent les garçons dans la farine… Et je passe enfin à la quatrième, tout à fait atypique. Cette chanteuse n’a pas un gros répertoire. C’est quelque chose enregistré en 2001 auprès d’une jeune algérienne de vingt ans, étudiante en psycho. C’est une chanson apprise de sa mère, algérienne également, qui avait appris le français chez les bonnes sœurs dans les années 1960. On va partager l’énorme surprise que j’ai eue en allant donner un atelier à des jeunes étudiants en médecine ou en psycho qui devaient s’occuper pendant l’été d’enfants autistes (il y a des chansons à danser qui fonctionnent très bien avec les enfants handicapés) ; Naïma Bouchakour était là et elle s’est approchée de moi au repas en me disant : « J’ai beaucoup aimé les chansons qu’on a faites, ma mère en chante des comme ça. Est-ce que je peux vous en chanter une? ». Et voici ce que j’ai entendu :

Petit Capitaine
C.D. 1425 Brave capitaine
C.L. II, A-75 La fille du maréchal de France
Chanté par Naïma Bouchakour, 20 ans, appris de sa mère, née vers 1954 à X, Algérie
Collecte Perrier-Wright, Paris 14/07/2001 (WP-MD-01)
Édition : « France : une Anthologie des Musiques Traditionnelles », CD Frémeaux FA 5260 vol. 4 (2009)

Petit Capitaine
Revenant de guerre
Chercher son amie

[…]

S. H. : Merci beaucoup. Ce qui est très beau, c’est cette sortie de l’anonymat : nous donner des noms et des nouvelles amies, cela rappelle le village… C’est incroyablement fort et émouvant, cette jeune femme algérienne.

C.P. : Il y a aussi des choses communes à ces chanteuses. Il y a à la fois une manière d’être à fond dans ce qu’elles racontent et, en même temps, d’avoir une certaine réserve. Et cette réserve n’est pas indifférence ou platitude, elle est au contraire dans un mélange d’intériorisation et de projection de la voix, ce qui fait qu’elles n’ont pas besoin de jouer ce qu’elles chantent.

S.H. : On est hors de la représentation.

C.P. : Et on est quand même suspendus. Ce n’est pas du tout inexpressif, mais ce sont d’autres moyens…

S.H. : Evelyne Girardon, qu’en dites-vous?

Evelyne Girardon : Je connais Dédée Duffault, évidemment. Je ne connais pas Naïma mais j’ai eu un choc la première fois que Catherine m’a chanté ce qu’elle lui avait chanté. Je défends le fait que les chansons dites de tradition orale ont, toutes cultures confondues, d’énormes points communs et une variabilité intéressante ; et c’est cela qui nous parle aujourd’hui. Qu’est-ce que nous disent les chansons traditionnelles? Evidemment, dans certaines régions, elles aident les gens qui en ont besoin à reconstruire leur identité (c’est ce que je vois quand je me ballade pour chanter avec les gens). Mais elles ont aussi cette capacité à vibrer et à se transformer au contact du métissage culturel. La chanson que nous propose Naïma est très connue, il y a des tas de versions de cette chanson, des centaines ; ce qui m’intéresse dans ce qu’on a entendu, c’est qu’il y a une chanson en français, qui est passée par l’oreille d’une maman née ailleurs qui l’a transmise à sa fille… Et cette chanson reste d’une cohérence extraordinaire. Elle est en plus d’un niveau musical et modal extraordinaire. Cela peut nous expliquer des choses quant à la passation des répertoires de générations en générations. Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu une chose pareille, que je n’avais pas pris une telle claque, sauf chez une autre amie algérienne… C’est pour moi un grand choc d’avoir un exemple récent.

S.H. : Claude Duneton, comment réagissez-vous à cela?

Claude Duneton : J’avais envie de parler de l’émergence de la femme dans la chanson, c’est-à-dire la différence entre ce qui est du domaine privé et ce qui est du domaine public. Cette Andrée Duffault, qui veut bien chanter en public à 80 ans mais pas avant, représente pour moi quelque chose de très important. Je pense que la chanson en public a toujours été liée, depuis le XVIIe siècle et même avant, à l’activité sexuelle si j’ose dire. Et c’est pour ça qu’à partir du café-concert, ce sont des filles qui sont un peu « olé olé » ; le fait que la femme ait accès à une audition publique est assez récent. Parce que l’on parlait de Marguerite de Navarre, mais elle n’était pas chanteuse ; elle était chanteuse pour les copains seulement, elle ne gagnait pas sa vie comme ça, la chère Louise Labé aussi, d’ailleurs. Tout cela se passait dans le privé.

Chantal Grimm : Dans les salons…

C.D. : Oui, dans les salons ou même en famille, dans le privé. Il y a une femme, Madame Huchon (une seizièmiste), qui a écrit un gros livre pour expliquer que Louise Labé n’avait jamais existé. Ce qui est une bêtise ! J’ai écrit un article contre ce livre, c’est vraiment d’une sottise, ça montre comment les universitaires peuvent dérailler parfois… Au XVIIe siècle, peu de femmes chantent en public. La femme de Philipot aide son mari à chanter, il y avait un chœur, mais c’était des gens mal vus. Cela commence à la fin du XVIIIe siècle avec Manon la vielleuse qui chante dans les rues. C’est une première émergence de l’interprétation publique, qui n’arrive qu’au XIXe siècle avec la romance… Il y a des gens devenus très prestigieux : la Malibran et sa sœur, Pauline Viardot… Attention, cela ne concerne pas la comédie musicale évidemment où il y a la femme de Favart au début du XVIIIe siècle ; je parle de la chanson séparée du théâtre. Dans la chanson, c’est le XIXe siècle et le café-concert qui créent les premières vedettes (Thérésa, par exemple) : la femme est désormais acceptée comme interprète publique. Parce que les femmes ont toujours beaucoup chanté ; on oublie qu’elles ont beaucoup chanté à la messe, à l’église… Dans toute l’histoire de la chanson, on ne prête pas assez attention au fait que les femmes chantaient beaucoup… Je me suis beaucoup penché à une époque sur ce qu’on appelle les chansons de toile au XIIIe siècle ; elles concernent la sphère privée et les femmes de la maisonnée qui travaillent toutes ensemble. Pour passer le temps, une d’entre elles, alternativement, chante des chansons (des chansons d’amour). Elles ne chantent probablement pas ensemble parce qu’il est très difficile de filer la laine et de chanter en même temps (j’ai beaucoup enquêté sur les fileuses). Ces chansons de toile ont une particularité : on s’est aperçu de l’influence arabe sur celles-ci ; entre le IXe et le XIIe siècle, l’Andalousie est le sommet de l’art arabe et de la chanson arabe. Ça grimpe vers Barcelone puis cela déborde dans le Narbonnais. C’est pour cela que les premières chansons occitanes sont très nettement influencées par la musique arabe…

C.G. : On l’a entendu ce matin avec Olivier, il y a eu des chansons avec des mélismes…

C.D. : Et alors ce qui me frappe, c’est que ça a continué à monter vers le Nord. Les chansons des trouvères ou en tout cas les chansons de toile sont vraiment influencées par la musique arabe. Cela donne quelque chose qui n’est pas du tout rythmé comme ce sera le cas plus tard. C’est assez étonnant !

S.H. : Et la présence du luth va encore marquer cela…

C.D. : Je me demandais s’il a été fait l’expérience de faire interpréter des chansons de toile en français par des chanteuses arabes… Est-ce que cela s’est déjà fait?

S.H. : Ce serait joli de le faire comme tu le proposes. Mais ce qui se fait déjà, notamment par les femmes, c’est de transmettre ces chants…

C.D. : Mais y a-t-il des chansons de toile qui ont été enregistrées par des chanteuses arabes?

C.G. : Ou juives méditerranéennes aussi…

S.H. : Mais faisons le !

C.P. : Ce style élongué avec des ornements n’est pas strictement arabe. On a tendance à l’associer à cet univers parce que cela semble familier (de même qu’il y a trente ans, quand je chantais des chansons du Berry, on me disait « C’est breton, ça. »). Il y a par exemple une telle influence de l’ornementation des mélodies au Québec. Cela viendrait plutôt de l’Irlande ou de l’Ecosse.

E.G. : C’est en fait lié au principe monodique ; c’est-à-dire que, comme les chansons de la tradition orale sont des monodies, il est évident que quand on chante de telles chansons, on a comme boîte à outils l’ornement et les variations rythmiques. C’est vrai qu’aujourd’hui c’est encore présent dans la musique arabe mais cette caractéristique est partagée du Nord de l’Europe à bien plus loin qu’on ne l’imagine… C’est comme avec les chansons de ce matin ; je pense qu’il faut qu’on se méfie de ne pas trop imprimer l’interprétation de son époque sur une chanson…

S.H. : Oui, mais ce qui est beau dans l’interprétation c’est la liberté et le fait de pouvoir transmettre.

E.G. : Bien sûr. Mais je sens une très grande force dans les mélodies des chansons de tradition orale, mais aussi des liens très forts entre texte et mélodie. Séparer les deux me paraît compliqué.

S.H. : Ce que je trouve formidable avec vous, c’est de nous donner des noms. De sortir de l’anonymat certaines femmes. C’est à la fois une question pour les femmes et pour la chanson : en quoi la chanson est-elle un objet collectif, un objet de mémoire? Mais c’est aussi un objet signé. Quelqu’un qui interprète ou qui écrit une chanson signe quelque chose en le faisant et il est important d’avoir son nom et son prénom.

C.G. : J’ai beaucoup aimé la distinction qu’a faite Claude entre le public et le privé. On retrouvera cela tout à l’heure lors du petit exposé que je ferai sur des chansons de résistantes… Cela prouve que la production féminine existe dans le privé et est forte.

S.H. : Là où on chante, c’est le lieu de l’intime…

Catherine Perrier chante une chanson vendéenne à répondre pour terminer la table ronde :

Servante lève-toi matin
C.L. II, O-101 La Servante qui boit le vin du maître
C.D. 6305 La Servante ivre I
Appris de Laurent Renaud, 53 ans, Le Payré, Sallertaine(85)
Collecte Perrier-Wright 1976, INÉDIT

Servante lève-toi matin, Servante lève-toi matin
Prends ta chopine
Et va-t-en tirer du bon vin
Tu seras ma cousine

[…]

CREDITS

« Lo pinton »
Chanté par Louise Reichert, 75 ans, Pons (12)
Collecte Wright-Perrier 08/1971 (WP-BM-20 A-06)
Édition : « Musique Traditionnelle des Pays de France », Anthologie vol. I, 33T Le Chant du Monde, LDX 74516 (1976)

« Adieu tu pars »
Chanté par Louise Reichert, 75 ans, Pons (12)
Collecte Wright-Perrier 08/1971 (WP-BM-20 A-17)
Édition : « Louise Reichert, chanteuse de Haute-Auvergne », 33T Ocora 558520 (1980)

« La Belle au jardin d’amour »
C.L. La Belle au jardin d’amour I, G-15
C.D. 1815 La Belle au jardin d’amour
Chanté par Andrée Duffault, 49 ans, Touchay (18)
Collecte Perrier 23/07/1969 (WP-BM-03 A-03)
Édition : « Musique Traditionnelle des Pays de France », Anthologie vol. I, 33T Le Chant du Monde, LDX 74516 (1976)
Édition : « France : une Anthologie des Musiques Traditionnelles », CD Frémeaux FA 5260 vol. 4 (2009)

« Les Mineurs du Chemin de fer »
C.L. II, M-14 La fille et les trois soldats
C.D. 1215 La fille chez les trois dragons
Chanté par Constance Guittonneau, 75 ans, St Hilaire de Riez (85)
Collecte Perrier-Wright 22/04/1977, WP-BM-34 A-4, INÉDIT

« Petit Capitaine »
C.D. 1425 Brave capitaine
C.L. II, A-75 La fille du maréchal de France
Chanté par Naïma Bouchakour, 20 ans, appris de sa mère, née vers 1954 à X, Algérie
Collecte Perrier-Wright, Paris 14/07/2001 (WP-MD-01)
Édition : « France : une Anthologie des Musiques Traditionnelles », CD Frémeaux FA 5260 vol. 4 (2009)

« Servante lève-toi matin »
C.L. II, O-101 La Servante qui boit le vin du maître
C.D. 6305 La Servante ivre I
Appris de Laurent Renaud, 53 ans, Le Payré, Sallertaine (85)
Collecte Perrier-Wright 1976, INÉDIT

Catalogue de la chanson folklorique française, par Conrad Laforte, 6 volumes, Presses de l’Université Laval, Québec, Canada, 1977-1987 (C.L.)

Répertoire des chansons françaises de tradition orale, par Patrice Coirault (complété par Georges Delarue), 3 volumes, BNF, Paris, 1996-2006 (C.D.)

Reagir

Laissez nous un commentaire

Ecouter la séquence

ALBUM

© 2019 Femmes en Chansons. Réalisation gd6d.