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Du Moyen-Âge au Chat noir

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Retour historique sur des chansons de femmes ou parlant de femmes ; les chansons sont interprétées et commentées – Du Moyen-Âge au XIXe siècle.

Création et intervention : Chantal Grimm ; Serge Hureau ; Olivier Hussenet ; Manon Landowski ; Cyrille Lehn ; Lionel Privat

Christine de Pisan (1365-1430), fille de l’astrologue du roi Charles V, a la chance d’avoir reçu une éducation, mais se retrouve veuve à vingt-cinq ans d’un homme aimé, avec cinq personnes à charge (dont ses trois enfants). En butte pendant une quinzaine d’années à des créanciers vrais ou faux profitant de l’ignorance des femmes dans les affaires, la poésie est alors son refuge et elle laisse un
« blues » médiéval chargé de larmes dont la Ballade qui suit est un exemple. Elle sortira de la misère grâce à des traités d’éducation pour les jeunes filles nobles, où s’exprime déjà son féminisme. Celui-ci éclatera dans sa querelle contre Jean de Meung, clerc qui défigure le Roman de la rose en lui donnant une suite discourtoise. Elle dénonce la perte des valeurs médiévales par la montée de la misogynie à travers l’Université, qui, en créant des diplômes, enlève peu à peu aux femmes la plupart de leurs pouvoirs traditionnels et artisans. Il faut lire La Cité des Dames de Christine de Pisan, utopie d’une ville peuplée d’amazones, de poétesses, de savantes, d’amoureuses et de saintes…

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Seulette (Ballade XI) (Christine de Pisan/Chantal Grimm)

Seulette suis et seulette veux être
Seulette m’a mon doux ami laissée
Seulette suis sans compagnon ni maître
Seulette suis dolente et courroucée
Seulette suis en langueur malaisée
Seulette suis
Seulette suis plus que nulle égarée
Seulette suis sans ami demeurée
[...]

(Ballade chantée par Chantal Grimm accompagnée par Cyrille Lehn et Lionel Privat)

Marguerite de Navarre, née Marguerite d’Angoulême (1492-1549), est la sœur bien-aimée du roi François 1er. Poète, dramaturge, mécène et arbitre des élégances, c’est grâce à elle que la création poétique aussi bien féminine que masculine va pouvoir s’épanouir l’espace d’un siècle, principalement à Lyon, la « Florence française » où la cour se tient pendant les campagnes d’Italie. L’imprimerie va se développer particulièrement dans cette ville qui édite d’abord les poètes. Marguerite de Navarre devient un auteur célèbre par son recueil de nouvelles L’Heptaméron, mais aussi, par ailleurs, par ses Chansons spirituelles, ses grandes méditations philosophiques, ses pièces de théâtre. Par imitation, les riches marchands lyonnais délèguent la culture à leurs épouses et à leurs filles, éclaircie momentanée dans l’Histoire des femmes…

Marguerite de Navarre est aussi une mystique en recherche qui, étant sœur du Roi, protégera les mal-catholiques comme Clément Marot sans être trop inquiétée. La chanson qui suit est extraite de la Comédie de Mont-de-Marsan, autre ville qui devint la sienne en épousant Henri d’Albret, roi de Navarre. L’action met en scène plusieurs personnages, dont la femme de cour qui n’aime que son corps (la mondaine) et la bergère irradiée d’amour (la ravie de Dieu).

Chant de la mondaine (Marguerite de Navarre/Chantal Grimm)

J’aime mon corps, demandez –mandez-moi pourquoi ?
Parc’que beau et plaisant je le vois !
(bis)
Je le pare et dore
Accoutre et décore
De tous ornements
[...]

(chanson chantée par Chantal Grimm, accompagnée par Cyrille Lehn et Lionel Privat)

Pernette Du Guillet (1520-1545) est une de celles qui profita trente ans après de l’éclaircie amenée à Lyon par Marguerite de Navarre. Musicienne autant que poète, elle jouait du luth et tenait salon. Elle eut une liaison littéraire avec le poète Maurice Scève qui en fit le personnage de sa Délie. Elle mourut de la peste à vingt-cinq ans et son mari
chargea son entourage de faire éditer ses œuvres. On regrette beaucoup, en lisant ses Rimes, qu’elle n’ait pas vécu plus longtemps car il s’en dégage un esprit original, entre la préciosité d’une Madame de Lafayette et les facéties d’un Boby Lapointe, comme en témoigne cet Épigramme :

A un sot rimeur
Qui trop l’importunait d’aimer

Tu te plains que plus ne rimasse
Bien qu’un temps fut, que plus aimasse
A étendre vers rimassés
Que d’avoir biens, sans rime assez !
Mais je vois que qui trop rimoie
Sur ses vieux jours en fin larmoie :
Car qui s’amuse à rimacher
A la fin n’a rien à mâcher.
Et tu verras qu’à la rimasse
Comme moi feras la grimace,
Maudissant et blâmant la rime
Et le rimasseur qui l’arrime
Et le premier qui rimona
Pour le grand bien qu’en rime on a !
Et tu veux qu’à rimaillerie
Celui qui n’aura maille, rie ?
Je te quitte, maître rimeur
Et ceux qui ont en rime honneur !

(texte dit par Olivier Hussenet)

Louise Labé (1522-1566), fille et femme d’un cordier lyonnais, profita aussi de cette Renaissance lyonnaise qui accorda la culture aux femmes, même celles des artisans ! La « belle Cordière », amazone habile à piquer le cheval, joueuse de luth émérite, tenant salon, est une des premières à pratiquer le sonnet qui, sous sa plume, fait encore dix pieds au lieu de douze et doit être rythmé sur l’instrument.

La force et les mouvements de la passion exprimés dans les vers de Louise Labé sont restés inégalables et inégalés. C’est la poésie féminine dans ce qu’elle a de plus exalté et de plus sincère depuis les troubadouresses. Amoureuse certes mais non libertine, son auteur a payé de son vivant (et aussi de façon posthume) l’amalgame fait en son temps entre la dame de cour (Corteggiana en italien) et la semi-prostituée (courtisane en français). La montée des calomnies à son sujet fut cause de son exil de Lyon pour la campagne où elle se retira à trente-six ans.

Sonnet XIII (Louise Labé /Chantal Grimm)

Ah si j’étais en ce beau sein ravie
De celui-là pour lequel vais mourant
Si avec lui vivre le demeurant
De mes courts jours ne m’empêchait Envie
[…]
Lors qu’en douceur plus il me baiserait
Et mon esprit sur ses lèvres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante : heureuse

(chanté par Chantal Grimm, accompagnée de Cyrille Lehn et Lionel Privat)

Maurice Boukay (1866-1931), chansonnier candidat à la députation, fut le premier à utiliser le talent de ses collègues de cabaret pour se faire de la pub… et devint ministre du commerce dans le Ministère Caillaux en 1911. Il peut et doit figurer ici comme auteur de ce pamphlet féministe qu’il avait plus de chances de faire entendre en tant qu’homme politique :

La femme libre (Maurice Boukay/Arthur Marcel-Legay)

Monsieur Chaumette au Club lançait
Ces propos de calibre:
Qu’il est bête ce Condorcet
Qui veut la femme libre !
Molière avait cent fois raison
La faridondaine la faridondon
Qu’elle tricote, ça suffit
Biribi
A la façon de Barbari mon ami
[...]

(chanson chantée par Chantal Grimm, Serge Hureau, Olivier Hussenet et Manon Landowski, accompagnés par Cyrille Lehn et Lionel Privat)


Chansons interprétées

- Belle Doëtte (anonyme du XIIe, chanson de toile)
- A chantar m’er… (Béatrice de Die)
- Seulette (Christine de Pizan)
- La Blanche Biche
- La Fille au Roi Louis
- Renaud tueur de femmes
- Le Chant de la mondaine (Marguerite de Navarre / Chantal Grimm)
- A sot rimeur… (Pernette du Guillet)
- Je vis je meurs (Louise Labé / Cyrille Lehn)
- Tant que mes yeux… (Louise Labé / Chantal Grimm)
- La Romance de Marie Stuart (vers 1560, Marie-Stuart ou David Rizzio ?)
- La Nonne par contrainte
- Six vendeuses de poisson (ou Chanson des barricades de Paris) (1649)
- La Belle qui fait la morte (XVIIe siècle, recueillie en 1837 par Gérard de Nerval, en Valois)
- Pauvre Jacques (Marquise de Travanet)
- Puisqu’il me faut mourir (sur l’exécution de la Brinvilliers)
- La Bergère et le Monsieur
- Une Fille d’honneur (pastourelle de Favart, tiré de sa comédie Annette et Lubin, 1762)
- Pot-pourri de Maumariées
- Mort du Bossu (Yvonne George)
- La Fille à maman (Gabriel Montoya / Marie Krysinska)
- La Femme libre (Maurice Boukay alias Charles Couyba, professeur agrégé, poète chansonnier montmartrois, ministre du travail et du commerce sous la IIIe République /Arthur Marcel-Legay)
- La Femme (notre petite compagne)

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  1. Xavière GAUTHIER dit :

    C’est génial! comme je regrette de ne pas avoir été au courant, je serais venue à ces journées: c’est instructif et drôle. (Je parle un peu d’Anna Marly dans mon dernier livre “Pionnières”)
    En toute sororité
    Xavière


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