Vinci, Claude

Créé le 15 mars 2012 |
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(1932-2012) - Auteur, interprète

Claude Vinci, Claude Caillaud pour l’état civil, naît le 27 mai 1932 à Frédille, dans l’Indre. De sa mère, Raymonde, originaire de Jeu-les-Bois, et de son père, instituteur, il hérite du goût prononcé de la liberté, de l'engagement et de la résistance. En 1943, il est interne au lycée de Châteauroux. Ses parents font partie de la Résistance. A douze ans, il sert de liaison entre les Jeunesses communistes du  lycée et le syndicat des instituteurs. Il est très marqué par l’image de son père, un des responsables des FTP (Francs-Tireurs et Partisans) qui enterre en novembre 1943, une boîte en fer contenant des papiers, de l’argent et le poème « Liberté » de Paul Eluard.

Après ses études secondaires à Châteauroux, il s'installe à Paris en 1951. Etudiant à l’école des Arts et métiers, il en sort ingénieur. Footballeur, il joue au sein de l'International Juniors Football pour le tournoi de Vienne en Autriche. Il fait la connaissance de René Vignal en 1952 qui devient son entraîneur personnel. Le jour de ses vingt ans, il prend sa carte au Parti Communiste Français.
En 1953, aux Six-Jours de l'ex Vel-d’Hiv, René Vignal lui présente Yves Montand. Claude Vinci vient à la chanson par le théâtre et par Yves Montand qui l’encourage et le parraine dans le milieu. Il chante alors dans les cabarets de la Rive Gauche de l’époque : l’Ecluse, le Port du Salut, l’Echelle de Jacob, la Colombe, le Cheval d’Or... Au Milord l’Arsouille, il rencontre Christine Sèvres qui y passe comme lui, accompagnée par Serge Gainsbourg au piano. Un soir, elle lui présente « son homme » : Jean Ferrat. Ils se retrouvent souvent dans les différents cabarets, après leurs tours de chant, aux Cinq Billards de la rue Mouffetard ou à La Boule d’Or de la place Saint-Michel, à refaire le monde.

Mais la guerre le rattrape. Il est appelé en Algérie. Le 8 août 1956, il assiste impuissant au massacre par l’armée française des derniers habitants de Beni-Wegag, un douar de la wilaya de Bordj Bou Arréridj. Il déserte le soir même et rejoint le FLN en Algérie. Rentré en France, il se réfugie dans la maison de Simone Signoret et d’Yves Montand à Autheuil (Eure) avant de prendre part aux activités de la Fédération de France du FLN (Front de Libération National), comme « porteur de valise ». Il effectue nombre de missions secrètes pour le FLN. En 1960, il transporte depuis l’Italie vers la France ce qui deviendra l’hymne national algérien. En février 1962, il organise l'évasion de 13 militants de la Fédération de France du FLN de la prison de Fresnes.

Après les Accords d’Evian (18 mars 1962), qui mettent fin à huit années de guerre, Claude Vinci enregistre un premier 45 tours autoproduit avec Jean-Jacques Aslanian, sur Paul Eluard. Il y est accompagné par sa pianiste de scène, Yvonne Schmitt (pianiste de l’Ecluse). Claude Dejacques vient l’écouter à la Colombe fin 1962 et le fait signer chez Philips.
En mai 1963, il sort son premier album, Claude Vinci chante Paul Éluard, orchestré par François Rauber. Yves Montand le préface : « Comme c’est réconfortant de découvrir qu’un jeune comme Claude Vinci ait choisi d’enregistrer les merveilleux poèmes de Paul Éluard… Il les chante très joliment, très simplement, très honnêtement. Oui ! C’est bien réconfortant. » On y retrouve « Liberté », écrit pendant la guerre et diffusé clandestinement, le poème le plus connu de Paul Éluard (« Sur mes cahiers d’écolier…  ») et treize autres mis en musique par Yvonne Schmitt, M. Philippe-Gérard, Éliane Lubin, Joël Holmès, Jean Wiener, Lucien Merer et Hélène Martin. « Liberté » est la toute première chanson enregistrée par Claude Vinci. Elle n’a jamais cessé de faire partie de ses tours de chant. En novembre 1963, paraît un 45 tours quatre titres exclusivement composé de chansons de son amie Anne Sylvestre : « Les amours de l’été », « On s’est connu », « Berceuse pour ceux qui s’aiment » et « Paris d’été ». Elle le préface : « Claude Vinci dit quelquefois, comme en s’excusant : Je suis un interprète. Mais l’interprète n’est-il pas celui que l’on charge de traduire, sans le trahir, un texte, de le faire sien pour le rendre ensuite plus compréhensible aux autres, de l’aimer pour le rendre aimable ? S’il en est ainsi, j’ai beaucoup de chance que Claude soit devenu mon interprète - et même le premier - et ces quatre chansons, je les lui ai confiées avec une grande tranquillité de cœur, le sachant incapable de trahir, capable d’aimer. »

En juin 1964, alors que l’on célèbre le vingtième anniversaire de la libération de la France par les alliés, sort l’album Vingt ans déjà... Claude Vinci y reprend « Nuit et brouillard » et « L’Affiche rouge » où, avec l’autorisation d’Aragon, il remplace : « onze ans déjà, que cela passe vite onze ans » par « vingt ans déjà… ». Il interprète également « Le chant des partisans » et « Le chant des marais », « Ça fera vingt ans », titre de circonstance écrit par Pierre Louki, « Un accordéon pour Paris », chanson de Jean-Claude Massoulier et Philippe-Gérard, déjà enregistrée par Francesca Solleville et un titre créé par Yves Montand en 1952 (« Rendez-vous avec la liberté »)… Cet album se vend à plus de 80 000 exemplaires. Barbara lui fait cadeau de sa chanson « Göttingen ». Claude Vinci est le premier à l’interpréter sur scène. Il ne l’enregistre pas car il quitte son label Philips pour Le Chant du Monde.

Au printemps 1966, il publie un disque intitulé Chansons pour vivre, florilège de la chanson engagée du moment. Il y chante Boris Vian (« Le déserteur ») Jean Ferrat (« La crème au chocolat »), Luc Bérimont (« La chanson du romarin »), Joël Holmès (« On n’a donc rien appris »), ainsi que Louis Aragon, Maurice Fanon, Jules Lafforgue,  et « Giroflé Girofla » et « La Butte rouge ». La chanson « Près d’Amoucha », écrite par Georges Leprince, un instituteur de Chartres, et mise en musique par  M. Philippe-Gérard, est une des très rares chansons de l’époque à évoquer la guerre d’Algérie et explicitement la torture. L’album bénéficie de la participation de grands musiciens de jazz : Stan Getz au saxophone, Roy Ellridge à la trompette et Georges Arvanitas au piano. A cette époque, Claude Vinci quitte le cabaret pour le récital.

L’année suivante paraît Demain - Octobre. Claude Vinci y chante « Octobre » de Jean Dréjac et M. Philippe-Gérard, en hommage à la Révolution russe qui a eu lieu 50 ans auparavant. On y trouve également « Le dernier poème » de Robert Desnos, mis en musique par Yvonne Schmitt et le premier texte de Claude Vinci, « Ma route ». Claude Vinci se produit cinq semaines de suite sur la scène du Théâtre Récamier à Paris. Puis il entame une tournée en France et à l’étranger (Bulgarie, Pologne, Hongrie…). Il chante un mois à Cuba, au festival « Cancion de protesta » en juillet et août 1967. Il y retrouve Christine Sèvres et Jean Ferrat.
Il reprend deux titres de Simon & Garfunkel (« The Dangling Conversation » et « A Hazy Shade of Winter ») en français dans une adaptation de Pierre Delanoë (45 tours avec « La conversation languit » et « Voici la saison de l’ombre »).

En 1969, Claude Vinci sort deux albums Chansons de la grande patience 1 et 2, vingt chansons dont il signe la plupart des textes sur des musiques de Jean-Claude Petit. Mai 1968 marque de son empreinte ces chansons (« L’enragé », « L’ouvrier licencié », « J’ai mangé un agent »…) tout comme l’assassinat de Che Guevara (adaptation de « Hasta Siempre » de Carlos Puebla, sous le titre « Pour toujours »).
Claude Vinci continue sa collaboration avec Jean-Claude Petit sur les albums Je revendique (1971), et Faire le point (1972). Il aborde les thèmes de la guerre (« J’ai vu Verdun », « Était-ce à la fin août ? », « Celle que je n’aurais pas voulu faire »), de la contestation (« La cadence », « Moi, je revendique ») et réorchestre ses interprétations des poèmes d’Eluard.  
A la fin de l’année 1972, Claude Vinci passe au Théâtre du Ranelagh à Paris. Ce récital intitulé « Chansons pour faire le point » sera présenté plus de 1700 fois en France et à l’étranger jusqu’en juin 1983.
Entre 1975 et 1978, Claude Vinci travaille avec Jean-Claude Petit et Jean-François Gaël pour les musiques, et Jean Musy pour les arrangements à une cantate, Mon pays, toujours. Refusée par sa maison de disques, cette œuvre ne sera publiée qu’en 1999.
En 1980, il fait la connaissance à Rome de Monica Vitti. Il lui écrit un film, La chanson d’Orlanda, qui ne verra jamais le jour. La même année, l'Algérie lui attribue le titre de « moudjahid d'honneur » pour désertion et mise au service du FLN et pour ses deux chansons « Près d’Amoucha » et « Celle que je n’aurais pas voulu faire » (il a écrit le texte de cette dernière).

En 1982, il adapte deux chansons de l’auteur compositeur grec Yannis Markopoulos (« Tu m’aurais voulu », « Chansons tristes »), son dernier disque de la décennie. Claude Vinci revient en 1993 avec l’album Racines, qui comprend treize chansons : onze nouvelles («Basta Paris », « Chronique provençale », « Anarchie historique », « Berlin, mon amour », « Le rat »…) et deux reprises d’anciens titres (« Mes racines » et « Etait-ce à la fin août ? »). A cette occasion, il retrouve la scène.
Claude Vinci a ensuite publié deux livres, l’un consacré au maquis (La trop courte vie d’Adrien), l’autre à la guerre d’Algérie (Les portes de fer). Il sélectionne ensuite 47 de ses chansons pour le double cd, 40 ans de chansons, qui paraît en 2003.
En dehors de Paul Eluard, Louis Aragon, Anne Sylvestre et de Jean Ferrat, Claude Vinci a également chanté, sur scène cette fois, Serge Gainsbourg (« Friedland »), Georges Brassens (« Les amours d’antan ») et Barbara (« Göttingen »).

Militant sur tous les fronts, il exerça de nombreuses responsabilités au SFA-CGT (syndicat des artistes). Claude Vinci, « auteur, chanteur, déserteur », comme il se présentait lui-même, est décédé le 7 mars 2012, presque deux années jour pour jour après son ami Jean Ferrat.

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