Cheikha Rimitti

Créé le 29 septembre 2010 |
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(1923-2006)

Née le 8 mai 1923 à Tessala, dans la région de Sidi Bel-Abbès, Saâdia a dix ans quand retentissent les échos des premières dames de la chanson oranaise, au ton mutin et égrillard. Elles se nomment Fatma Bent El Meddah ( auteur de "Fatma Fatma"), Kheira Guendil ( "Sidi Boumediène" et"Ghir el Baroud"), Zohra Bent Oûda ( "Khayef la yedouk") ou Zohra Relizana ("moula Baghdad").

Orpheline très tôt, elle s'installe à l'âge de vingt ans à Rélizane, grand centre agricole. Matériellement, comme dans tous les centres "coloniaux" en ces années 30, la situation est de plus en plus difficile pour les défavorisés. A cette époque, Saâdia va de quartier en quartier, dort dans les hammams. Elle fait parfois la bonne pour des ménages français en échange d'un lit et de quelques sous. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Rimitti se raccroche à une troupe de musiciens Hamdachis. Elle les suit de galère en galas, dansant jusqu'à l'épuisement total. A ce moment-là, des épidémies accentuent le sordide du quotidien. Rimitti s'inspirera de ce spectacle de désolation pour improviser ses premiers vers, son répertoire restera par la suite empreint de ce vécu.

Sa rencontre avec le déjà célèbre Cheikh Mohamed ould Ennems, champion de la gasba, sera déterminante. Elle se met en ménage avec lui et il l'introduit dans le milieu artistique, la faisant enregistrer à Radio Alger. Mais c'est à Sidi Abed qu'elle se fait remarquer. Une femme lui suggère de la présenter à un Français qui enregistre des cheikhs.

C'est en 1954 qu'elle connaît son premier succès national avec "Charrak Gattà". Quatre ans plus tard, "El-Hmam" et "Dabri dabri" l'imposeront définitivement comme la référence absolue. Mythe entre les Mythes, on s'arrache la " bienheureuse" ( signification de son prénom Saâdia) pour animer fêtes de mariages et circoncisions. Rimitti, féministe avant que le mot n'existe, a chanté à l'aube des années 40-50 la difficulté d'être une femme et a osé exprimer la notion de plaisir charnel.

En auteur prodigieusement fécond, elle a exploré toutes les formes de l'amour, célébré l'amitié, tenté d'expliquer les noyades dans l'alcool et déploré l'obligation d'émigrer. Elle a su également décrire la vie des nomades et des transhumants. Celle qui avait osé chanter les cafés juifs, en pleine guerre de libération, une ode à l'émir Ab del Kader, va subir, dès l'indépendance, les foudres de la censure la taxant de "folklore perverti par le colonialisme".

Aujourd'hui, à soixante-dix ans passés, se proclamant la " Moum Kalium" de l'Algérie, Rimitti ne se satisfait qu'a moitié d'une consécration internationale. Elle maugrée surtout contre les cheb qui l'ont pillée sans créditer ses droits d'auteur. La Hadja (la "sainte sage"), qui s'était produite en France une première fois en 1979, retourne régulièrement à Oran où elle a établi ses quartiers d'été. Elle ne boit ni ne fume depuis longtemps et vit encore dans une modeste chambre d'hôtel du 18ème arrondissement de Paris. Un peu amère, elle constate tout de même : "après tant d'années et de chansons, la chandelle est encore allumée ".

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