Cheb Hasni

Créé le 29 septembre 2010 |
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(1968-1994)

Cheb Hasni (Hasni Chakroun de son vrai nom) est né le 1er février 1968 quartier Gambetta à Oran, berceau géographique du raï. Fils de soudeur, élevé au sein d'une famille nombreuse (un de ses frères est son parolier attitré), Cheb Hasni apprend le chant dans les chorales communales.

A partir de 1984, il fait plusieurs tours de piste dans les fêtes de mariage et les soirées privées, parcours inévitable pour tous les candidats à la vocalise, sous les vivats du public sensible à ses lamentos mêlant mots coquins et ton badin. Un producteur le remarque, lui indique le chemin du studio lui offrant comme partenaire la plus populaire des chanteuses raï, Zahouania, « un vrai cadeau » dira-t-il. Avec elle, il enregistre, en 1987, une reprise du licencieux « El Barraka " : « (...) Cette nuit tu partageras ma couche/Et nous avons fait l'amour à l'intérieur d'une baraque complètement niquée (...) ». Ce titre récoltera, sous la chaleur de l'été, un immense succès.

En peu de temps, Hasni devient la coqueluche des jeunes, friands des ballades de la star montante. Entre 1990 et 1992, les manifestations raï étant interdites par les islamistes, ses promoteurs produisent son passage dans quelques clubs et lui font enregistrer de nombreuses cassettes (Hasni en a à son actif plus d’une centaine).

A Oran, les intégristes qui ont conquis la ville veulent rallier la jeunesse (70% de la population) et transformer la cité radieuse, ainsi surnommée autrefois, en lieu mort. La jeunesse se sent écartelée, un œil rivé sur un poster de Madonna, un autre sur la pierre noire de la Mecque. Deux ans auparavant, cette même jeunesse, à peine plus haute que trois pommes, sortie manifester dans la rue, essuiera une répression faisant 500 victimes. Repliée sur elle-même, elle n'a pas de solutions pour émerger de ses rêves inassouvis que faire du trabendo (commerce illégal), briller par le sport ou devenir star de la chanson.

Le raï de Cheb Hasni apparaît alors comme le révélateur d'un néo-romantisme, moins choquant que celui des aînés expatriés pour la plupart, mais tout aussi traducteur du malaise et des maux qui secouent le pays. Empruntant au raï électrique version 80 et au pop langoureux cher aux seventies, repiquant quelques plans à la variété occidentale (Santana, Julio Iglesias, Pierre Bachelet...) ou libanaise (Magda Roumi), truffant ses chansons d'expressions françaises (« Tout le monde est là » et « El Beïda, mon amour ») et affichant une raï-attitude transgressive, Cheb Hasni s'est affirmé en 1994 comme un "Elvis Presley" local.

Vivant entre Oran et Nîmes, et père d'un enfant, le numéro un du raï au Maghreb a été lâchement assassiné le 29 septembre 1994 à Oran. Il reste aujourd'hui le chanteur préféré de nombreux Maghrébins.

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