Ait-Menguellet

Créé le 29 septembre 2010 |
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1950

Défenseur de la culture berbère et porte-parole d'une jeunesse désorientée, Aït-Menguellet devient dans les années 1970 le chanteur préféré de tous les Kabyles d'Algérie et de France. Abdenbi Lounis Aït-Menguellet est né le 17 janvier 1950 à Ighil Bwamas, site couvé par la chaîne montagneuse du Djurdjura. Tout petit, il écoute Slimane Azem, premier chanteur politique de l'après indépendance, Cheikh El Hasnaoui, le grand maître du chaâbi (populaire), et Taleb Rabah.

En 1967, après un séjour à Alger où il apprend l'ébénisterie dans un lycée technique, il intègre le groupe baptisé Imazighène, terme qui relevait alors de la subversion. Mais c'est en solo, guitare en bandoulière, qu'il se présente à la fameuse émission "Chanteurs de demain", diffusée par la chaîne kabyle, pour y interpréter "Aqliyi am Ttir al qabs" (Tel un oiseau en cage), un morceau de son idole Taleb Rabah.

Séduits, les animateurs lui demandent de revenir en deuxième semaine. Cette fois, il choisit un titre de sa composition. Les auditeurs découvrent une prestation légère et de qualité, sans recours à un aréopage de musiciens. Textuellement, Lounis renoue avec la poésie à l'ancienne, chère au grand poète Si Mohand, en y incluant un langage d'aujourd'hui et en menant une réflexion sur les blocages de la société.

Dès son premier 45 tours, gravé à Oran sur le label "Lahn el Djazaïr", il se fait l'écho du malaise social grandissant des jeunes. Ces derniers se retrouvent dans le constat qu'il établit sur la difficulté de communiquer entre garçons, filles et parents, de vivre les amours déçues.

Au milieu des années 70, ce témoin, vigilant et attentif au moindre bruissement de son environnement, s'oriente vers une chanson à textes à teneur sociale et politique. Le public le suit dans sa démarche et il parvient même à rallier les universitaires et les intellectuels qui affichaient un mépris élitiste pour cet artiste "lamento".

En quelques albums, il devient le chanteur préféré de tous les Kabyles dans le pays même et en France où il remplit très vite à Paris son premier Olympia en février 1978. Les enregistrements à succès, au rythme d'un tous les deux ans, se succèdent ainsi que les concerts à guichets fermés.

Son immense popularité inquiète le pouvoir qui, en octobre 1985, l'arrête pour "détention d'armes illégales" alors qu'il s'agissait d'armes de collection. La jeunesse kabyle se révolte et Lounis ne purgera pas jusqu'au bout sa peine de trois ans. Fidèle à ses convictions et plus inspiré que jamais, Aït-Menguellet poursuit son combat poétique et cisèle des mots qui entrent dans le langage courant.

En 1991, quand l'Algérie bascule dans la violence, il s'engage dans des causes humanitaires et donne un concert à la salle Atlas d'Alger. En mai 1997, il fête ses trente ans de carrière au Palais des Congrès à Paris et se produit en décembre 2000 à la Cité de la Musique. Admiré autant par les immigrés de la première heure que par leurs enfants (Mustapha et Hakim Amokrane de Zebda ont repris quelques-uns de ses chants), Lounis est de ceux qui confirment que le poète a toujours raison.

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