L'ère du renouveau PDF Imprimer Envoyer
Fort Alamo. Par Florent Marchet (ukulélé, voix) et Olivier Nuc (guitare)



C'est une chanson avec une production trip hop, extraite de l'album Dolorès, un disque accouché dans la douleur. Un de ses albums les plus sombres, Dolorès est la chronique d'une rupture douloureuse. "Il faut changer de style, changer de famille." y chante-t-il. Le travail est amorcé à Londres à l'été 1995 avec le producteur Tim Simenon (Depeche Mode, Bomb the Bass, Simple Minds). Murat s'initie au logiciel Pro-Tools et à la technique du sample en sa compagnie mais décide finalement d'enregistrer l'album lui-même avec Denis Clavaizolle, en France. Il rentre à Clermont-Ferrand et tous deux s'enferment en studio. Les deux compères passeront près d'un an à s'arracher les cheveux avec les machines, pour aboutir finalement à un chef-d'oeuvre. Murat jurera pourtant qu'on ne l'y reprendra plus. Fini les mois passés en studio à peaufiner un morceau piste après piste, Dolorès marque la fin d'un cycle "synthétique". Pour la tournée suivante, plutôt que de reproduire les sons du disque, il mise sur une approche dépouillée guitare et claviers, qui fera l'objet de l'album Live in Dolorès.

L'album Dolorès apporte une forme d'écriture et de composition nouvelle, et une approche plus directe, plus proche du blues. L'histoire d'amour entre Murat et le blues a commencé au collège de La Bourboule, en classe de 4e, grâce à son professeur d'anglais Monsieur Oulouhodjian. Il s'agit d'une rencontre déterminante. Il l'aidera à faire ses devoirs le soir : "Chaque soir c'était comme une cérémonie, je sortais mes cahiers de classe et en fond sonore, je découvrais les classiques du label Motown. Réviser les subtilités du prétérite en écoutant Marvin Gaye ou les Supremes, ça change tout !".

Le professeur emmène Jean-Louis aux concerts de blues et de jazz de la MJC de Clermont-Ferrand. Resté en relation avec ses amis bluesmen américains après avoir vécu aux Etats-Unis, M. Oulouhodjian les accueille à Clermont, passe la journée avec eux, des répétitions jusqu'au dîner qui suit le spectacle. A 15 ans, Jean-Louis rencontre ébahi des bluesmen mythiques : T-Bone Walker, Memphis Slim et surtout John Lee Hooker. Murat se souvient avec émotion de sa rencontre avec l'icône du blues : "J'étais fasciné. J'ai eu l'honneur de porter sa guitare sur la scène... je suis resté jusqu'à 2 heures du matin à regarder entre deux amplis son jeu de guitare".

En conseillant Jean-Louis dans ses lectures, M. Oulouhodjian lui fera aimer la littérature. Pour l'adolescent, c'est la découverte d'Oscar Wilde, de Dos Passos, Pouchkine, Nabokov... Aujourd'hui encore, Murat affiche un goût très prononcé pour la littérature romantique du XIXe siècle, française et russe. Il ira jusqu'à y consacrer un album entier en 2005, Moscou, inspiré par sa relecture de Pouchkine.

Pour son album de 1991, il emprunte un titre à l'auteur Georges Bernanos : Le Manteau De Pluie Du Singe. L'album frise la perfection. Il contient une reprise de Michael Franks dont Murat fait un hommage à la bossa et à Jobim en particulier, Le mendiant à Rio. Franks interdira la chanson un peu plus tard. Le batteur de Prefab Sprout, Neil Conti, joue sur ce disque. Les textes sont de plus en plus beaux, et les standards abondent : Col de la Croix-Morand, Le lien défait, Cours dire aux hommes faibles mais aussi Sentiment nouveau, que l'on va vous jouer maintenant.

Sentiment nouveau. Par Florent Marchet (ukulélé, voix) et Oliver Nuc (guitare)