L'enracinement régional PDF Imprimer Envoyer
Petit détour par l'Auvergne et les Etats-Unis avec un extrait de Mustango, un des plus grands albums de Jean-Louis Murat.

Au Mont Sans Souci, par Florent Marchet (Ukulélé baryton, voix).



Murat est un chanteur ancré dans son terreau auvergnat mais pas régionaliste pour autant. Comme Brautigan dans la littérature américaine, il emploie des noms de lieux dans ses chansons et des termes issus du monde paysan. Ce vocabulaire ancien lui permet paradoxalement d'être très moderne dans l'écriture :

"Je suis d'origine auvergnate. Depuis des siècles, ma famille est là-bas, je me sens attaché à la terre. Je me sens bien dans les paysages, le pays me plaît... Mais je veux éviter le côté américain, défendre sa terre ou sa région. Moi c'est plutôt, comme disent les Russes, souffrir sur la terre de souffrance des ancêtres. L'attachement de l'âme russe à la terre, je me sens tout à fait bien là-dedans."

Son grand-père était un homme du moyen-âge, avec toutes les qualités du moyen âge et sans les défauts du XXe siècle. Ça l'a énormément marqué. Ce sont des gens qui n'avaient jamais vu une ville, qui ne parlaient pas beaucoup le français, qui vivaient dans une ferme sans eau courante :

"Je dormais à côté des bêtes, dont j'étais séparé par une cloison très mince, ça tenait plus chaud l'hiver. Tout ça m'a nourri." Aujourd'hui, Murat continue de vivre dans une ferme : "C'est une ferme auvergnate typique, parmi les dernières construites, vers 1914. Elle se trouve à 1200 mètres, en haut de la vallée d'Orcival, ancienne vallée des Ours. A vol d'oiseau, je suis à 3 ou 4 km de la terre des grands-parents."

Murat est resté enraciné très profondément. Encore une fois, on est proche du blues. En 1999, il réalise un rêve de gosse en s'embarquant à New York puis à Tucson pour y enregistrer un nouvel album. C'est un peu Tintin en Amérique. Il s'installe dans un appartement à New York, il fréquente les clubs de la ville pour rencontrer des musiciens, leur fait écouter ses démos et les convainc de jouer sur ses nouvelles chansons. Le guitariste Marc Ribot – qui a aussi accompagné Alain Bashung - lui assure que Murat peut se passe de ses services mais joue tout de même la partie de guitare de Jim, premier extrait de l'album, écrit en hommage à l'auteur Jim Harrison. Il côtoie aussi le duo new-yorkais Elysian Fields, le bassiste Harvey Brooks, qui joua avec Dylan, et les musiciens de Calexico avec qui il part enregistrer en Arizona une chanson qui leur rend hommage, Viva Calexico. Lors d'un passage dans un studio de la région, il aura le privilège de jouer sur le piano et de chanter dans le micro de Neil Young, qui complète lui aussi un album.

"J'avais les yeux rivés sur la porte pendant toute ma prise, craignant de le voir débarquer et m'engueuler pour avoir osé utiliser son matériel." C'est là qu'il enregistre la belle ballade Mustang.

Neil Young est une influence incontournable, une manière de grand frère spirituel pour Murat, avec Cohen, Dylan et Robert Wyatt, qu'il avait interviewé voici quelques années pour un journal français.