Conf' Chantee
Curriculum vitae PDF Imprimer Envoyer
Nous allons commencer avec une chanson que certains d'entre vous connaissent peut-être, mais qui est assez méconnue dans le répertoire de Jean-Louis Murat.

Suicidez-vous le peuple est mort (extrait 30s), par Florent Marchet (ukulélé baryton, voix)



Cette chanson en forme de suicide va nous servir de démarrage. Murat est né véritablement avec celle-ci, en 1981. Il a bien failli disparaître totalement aussi, puisque ce morceau a été un peu maudit. Je vais vous lire une des déclarations qu'il a faites à cette époque :

"Je voulais créer une déflagration et ce morceau reflétait l'état de ma pensée. Pour moi, 'Le peuple est mort' signifiait que ça ne valait pas le coup de voter à gauche. C'était avant le 10 mai 1981. Et tant qu'à faire, puisqu'il n'y avait plus de peuple, ce n'était pas la peine d'écrire des chansons populaires."

Ce 45-tours a été lancé sur les ondes, il y avait même de grandes affiches sur les Champs-élysées et un peu partout, mais un jour, un homme a surgi avec un fusil dans un studio d'Europe 1 parce que sa fille avait pris le texte au premier degré et tenté de se suicider. La chanson a été censurée. La gloire de Murat n'a duré que cinq jours...

Lancé avec une belle pochette en noir et blanc signée Jean-Baptiste Mondino, ce premier 45 tours 3 titres (Suicidez-vous, La débâcle, Masque d'or) tombera vite dans les oubliettes. C'est devenu un collector très recherché aujourd'hui. L'orchestration originale y est très minimaliste, avec un synthé et une voix haut perchée. On n'est pas loin de Manset avec ce morceau et cette voix de tête que Murat abandonnera par la suite. Il y a en germe tous les éléments de sa discographie à venir.

Si Jean-Louis Murat est né en 1981, c'est une créature inventée par Jean-Louis Bergheaud, un Auvergnat né quelques années auparavant, un 28 janvier. Nous reviendrons sur l'Auvergne, c'est un élément très important dans la carrière de Murat. Il est né d'un père menuisier charpentier qui joue du clairon, de la trompette et du cor à l'harmonie municipale et d'une mère couturière. Il a grandi dans la ferme de ses grands-parents paternels, à une quinzaine de kilomètres de La Bourboule. C'est là qu'il passe ses quinze premières années dans un environnement où la musique et l'art sont assez peu présents. Cela ne l'empêche pas d'apprendre le solfège. Son premier instrument de musique est un cornet à piston. Son prof est un ancien de la garde républicaine. Il joue du classique dans les messes où dans la fanfare et l'harmonie. Il écrit aussi ses premiers poèmes à l'âge de 7-8 ans.

En classe de quatrième, son professeur d'anglais lui fait découvrir le jazz, le blues, la soul et lui fait aimer la littérature. Il insiste pour qu'il continue ses études, contre l'avis de son père qui souhaitait le voir devenir plombier après son certificat d'études. En seconde, au lycée, Jean-Louis sympathise avec un Américain de San Francisco qui lui fait découvrir Bob Dylan. Il se marie à l'âge de 17 ans et devient père dans la foulée, après l'obtention de son bac en candidat libre. Il doit ensuite travailler et enchaîner les petits boulots pendant sept ans pour nourrir sa famille. Il est plagiste à Saint Tropez l'été, moniteur de ski l'hiver à Avoriaz. Il s'installe même à Paris, où il vivra pendant trois ans en étant vendeur au porte à porte.

A Saint-Tropez, il fait quelques rencontres, notamment celle de Jack Nicholson :

"J'avais 18-19 ans. Le photographe David Hamilton s'était pris d'amitié pour moi. Il savait que j'écrivais, et m'encourageait à réfléchir à un scénario de Roméo et Juliette. Un soir, il m'a invité à dîner avec le producteur Don Siegel et Jack Nicholson. A la fin du repas, Nicholson m'a lancé : "Rentre avec nous ce soir sur le yacht et demain on t'emmène à Hollywood. T'as cinq minutes pour te décider." J'étais rien. Je ne faisais rien. Mais je venais d'être jeune papa. Les cinq minutes se sont écoulées... et j'ai dit non."