| Introduction |
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AVANT-PROPOS
L'amour (1) : Julien, 20 ans, avait dit à une amie : le jour de mon enterrement, je ne voudrais pas que ce soit triste : j'aimerais qu'on mette la chanson de Léo Ferré Vingt ans. Quelques mois plus tard, Julien et sa compagne Hanitra, montent dans leur voiture. Sur la route entre Bordeaux et Soulac, l'accident sera mortel et on retrouvera dans l'autoradio de cette voiture une cassette de Léo Ferré arrêtée à la chanson Vingt ans. L'amour (2) : Sur France-Culture, le mercredi 29 août 2001 entre 11h00 et midi, une émission sur la chanson relatait le fait divers suivant : un homme et une femme ont quitté leur maison après l'avoir fermée à clef. Ils se sont peut-être disputés et sont montés dans leur voiture respective. Les voisins ont été témoins de leur départ. Ce n'est que plusieurs heures après que les deux véhicules sont entrés en collision sur une route non loin de leur domicile ; la violence du choc frontal n'a laissé aucune chance de survie au couple. On a retrouvé dans chacun des deux autoradios une cassette de Léo Ferré arrêtée sur la chanson la Mémoire et la mer. La mémoire et la mer, par Amancio Prada (guitare, voix) Il y a quelques temps, j'étais invité au mariage d'un ami d'enfance. Les mariés ont ouvert le bal avec la chanson On s'aimera de Léo Ferré. Dans la salle, une invitée, à l'écoute du texte, remarquait : « Enfin une chanson d'amour de Ferré optimiste ! » L'énorme succès d'Avec le temps doit avoir une responsabilité dans cette réputation de pessimisme amoureux : "Avec le temps on n'aime plus". Ainsi vraisemblablement que les mélodies qui accompagnent souvent ses chansons d'amour. Pourtant la représentation de l'amour et plus particulièrement de la femme chez Ferré est bien sûr plus complexe. L'importante production littéraire de Léo Ferré laisse voir ou entrevoir, laisse parfois deviner une vision de la femme. L'étude de ces textes d'une part et l'écoute de nombreux entretiens de l'artiste d'autre part ont montré que cette vision était souvent contradictoire : symbiose – littéralement : "vie mêlée" – d'un côté, et rejet – "jeter loin" – de l'autre. Il s'agit donc, davantage que d'UNE vision, DES visions de la femme. Ces visions semblent rassemblées toutes entières dans un vers de Porno Song qui fait référence à "l'Invitation au voyage" de Charles Baudelaire : "Ma pute mon enfant ma soeur". Une trinité dans cette vision tantôt sacrée, tantôt profane de la féminité ; trois conceptions, trois entités, trois fantasmes. C'est bien l'oeuvre, ce sont bien les textes qui amènent à ce constat trinitaire et, comme toujours chez Ferré, certains éléments biographiques peuvent le renforcer, le préciser, et le compléter. Mais, après la querelle Sainte-Beuve/Proust, on sait bien qu'en littérature, l'oeuvre ne peut se réduire au seul vécu de l'artiste. Ce n'est pas la vie seule qui rend possible une interprétation de l'oeuvre et on peut même se demander, avec Heidegger, si ce n'est pas l'oeuvre qui rend possible une interprétation de la vie . Ainsi, dans l'oeuvre de Ferré peut-on repérer l'amante, la vestale et la muse : trois figures de la femme qui se rencontrent successivement et simultanément. |


