Ses débuts, ses références PDF Imprimer Envoyer
Lorsqu'on lui demandait quelles étaient ses influences, Alain Bashung donnait trois noms : Kurt Weil, Buddy Holly et Serge Gainsbourg.
Derrière Kurt Weil, il y a toute son enfance en Alsace, la musique allemande notamment Wagner. Derrière Buddy Holly, il y a Dylan ou derrière Gainsbourg d'autres références françaises mais pas tant que ça.

Bashung a démarré « professionnellement » à l'été 1964 dans une brasserie de Royan en interprétant les tubes du moment, avec un groupe qui s'appelait les Dunces, cancres en anglais. En ce qui le concerne, il n'a pas l'air d'une cancre mais plutôt d'un premier de la classe, avec sa mèche brune bien peignée, tout timide derrière sa guitare. Le groupe n'interprète alors que des standards rock.
Après les vacances, ils se produit dans plusieurs clubs de la capitale.

Un jour qu'il chante dans un cabaret de la rue Pierre Charron, à Paris 8ème, un directeur artistique de chez Philips lui propose un contrat. Bashung, qui a 19 ans, est ravi de pouvoir envisager une carrière dans la musique, et signe immédiatement. C'est une époque où les chanteurs français se cherchent un peu, écrasés par leurs influences anglo-saxonnes. On est dans l'ère de l'ersatz et de l'adaptation, dans la traduction approximative de morceaux à succès. Bashung compose d'abord des chansons originales pour des interprètes comme Noël Deschamps, Claude Channes - Il est temps de faire boum, un morceau qui n'a pas du tout fait boum à l'époque – ou Evelyne Courtois qui se fait appeler Pussy Cat. Tous sont des échecs mais Bashung ne se démonte pas. Le 7 octobre 1966, il enregistre son premier super 45 tours. L'idée de Philips, c'est de faire de lui un Tom Jones à la française. Philips a tous les droits et va modeler son image et ses orchestrations sans lui laisser le choix. Il a raconté plus tard à propos de cette période « tu signais un contrat avec une maison de disques qui t'escroquait avant que tu aies fait quoi que ce soit ».

Ce premier EP contient les chansons Pourquoi rêvez-vous des Etats-Unis ?, T'es vieux, t'es moche, Opéra cosmique et Petit garçon, qui n'ont vraiment pas fait date. C'est intéressant de voir que Bashung cède à l'anti-impérialisme américain, et ironique de la part de quelqu'un qui quelques années plus tard va chanter C'est la faute à Dylan et rester obsédé par le rock américain une bonne partie de sa carrière. Il fait des allers-retours incessants entre Europe et Etats-Unis. Même dans son travail et ses choix de collaboration, c'est le grand écart : des vrais cowboys et des gens qui ont l'héritage de la musique européenne.

Ses débuts sur scène sont beaucoup plus fracassants : il se produit à l'affiche d'un festival pop qui a lieu au Palais des Sports de Paris en juin 1967, qui réunit les Who, les Troggs, les Pretty Things, les Walker Brothers et Cream. Les Who déclarent forfait. Bashung joue en lever de rideau. Il déclarera que c'était sidérant de se retrouver en coulisses avec les musiciens de Cream, dont Clapton est le guitariste. Ils ont le même âge mais Bashung constate le décalage entre ces superstars anglaises, maîtres de leur carrière, qui ont un son et lui, petit Français qui se débat avec un showbiz poussièreux qui ne sait pas bien que faire de lui. En tout, Bashung enregistrera treize 45 tours avant de connaître le succès. D'abord sous le nom Baschung avec un C qu'il enlèvera à partir de 68. En 1973, il signe deux chansons sous le nom de David Bergen, en 1976 avec le groupe Monkey Business. Parmi ces chansons, il y a La paille aux cheveux, une belle balade country dont le texte est signé par un certain Boris Bergman.